Une balle ronde voyageuse

Brabencon qui regarde la balle ronde
Poupette et la balle ronde

Cette fin du mois de juillet est particulièrement chaude. L’été Normand rompt avec toutes les statistiques, depuis le début du mois, il n’a plu que 3 jours en tout. Bien entendu, il n’y a pas de situation de canicule comme dans le reste du pays, mais avec des pointes à 28 degrés, tout continue de pousser de plus en plus vite. Les agriculteurs récoltent leurs cultures au moins 2 semaines plus tôt que l’an dernier. Le blé dort déjà dans les silos et la paille ne demande plus qu’à être compactée.

Le Gaec de la vache perchée

Sébastien conduit son tracteur agricole avec prudence. La presse à balle ronde qu’il tracte depuis le début de la matinée, fait toute sa fierté. Il vient d’investir, avec ses associés du GAEC de la vache perchée, dans cette machine qui tient toutes ses promesses. Les balles rondes sont bien régulières, la perte semble vraiment minime et la manœuvrabilité excellente. Ses pensées naviguent pourtant ailleurs, Claire, sa jeune épouse depuis moins d’un an, est enceinte et l’accouchement ne devrait plus tarder. Il ignore encore que son manque de concentration sur sa tâche va le précipiter.

Une balle ronde en plus

La parcelle qu’il ramasse présente un peu de dévers. Elle requiert une attention particulière au moment des virages, bien que l’engin présente une bonne stabilité. Il arrive en bout de rang et amorce son demi-tour pour s’aligner sur le suivant. Soudain, un chevreuil surgit devant sa cabine. Au même moment la presse lui signale que la balle ronde est prête à l’éjection. Il effectue les 3 manœuvres de manière simultanée, le virage avec l’écart pour éviter la bestiole ainsi que l’éjection de la nouvelle balle ronde. Celle-ci se retrouve en pleine pente, et, au lieu de rester en place, elle se met à la dévaler. 3 choses à faire en même temps, pour un homme, c’est quasi impossible !

Tout corps en mouvement

La balle ronde prend de la vitesse et arrive jusqu’à la clôture. Sébastien qui vient de se rendre compte de sa bévue, pense qu’elle va s’arrêter là, mais une tonne en mouvement possède une grande inertie. Je vous épargne les calculs qui prennent en compte la masse, la vitesse acquise et les frottements de roulement de la balle ronde. Elle franchit l’obstacle et fini sa course au beau milieu de la sortie du virage de la route située en contrebas. Puis, elle hésite à continuer sa course et s’engager dans la descente, mais, une légère contre-pente à cet endroit ; elle s’immobilise. Ouf ! On a eu chaud ! A ce moment, un énorme camion arrive.

Véhicule non identifié

Il  percute la balle ronde et, tel un coup de croquet, il relance sa course. Les frottements dont je vous parlais plus haut, deviennent beaucoup moins importants sur une route et la balle ronde peut accélérer librement et reprendre vie dans la descente. Rien ne semble pouvoir la freiner dans son élan. Un automobiliste d’une voiture sans permis, montant la côte, croise ce bolide peu ordinaire sans reconnaître la marque de son collègue. Un groupe de cycliste arrive sur le pont situé tout en bas de la descente et, telle une boule de bowling, la balle ronde arrive sur eux et risque de faire un strike !

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Tout corps plongé dans un liquide

Heureusement, une courbe située juste avant le pont permet de l’évacuer de la route et la balle ronde termine son périple dans la rivière. Bien entendu, malgré sa tonne, elle flotte. Il y a d’autres calculs concernant la loi d’Archimède sur la poussée verticale de tout corps plongé dans un liquide, mais là encore, je vous les épargne. Pourtant, en plein milieu de l’été, le niveau de l’eau n’est pas très élevé. Pour arranger la chose, les vannes de l’ancien moulin, situé en aval, sont ouvertes pour des travaux d’entretien et surtout pour permettre aux poissons de remonter la rivière. Elle va donc s’échouer, oui mais ….

La nouvelle vague

Au lieu de terminer tranquillement sa croisière coincée dans un des nombreux rochers affleurant, la balle ronde trouve de moyen de boucher la vidange de cette fameuse vanne. Elle empêche ainsi l’eau de passer et interrompt le cours de la rivière. Le débit reste faible et l’impact ne se fait pas vraiment sentir. Cependant, le temps  joue en sa faveur et l’eau commence à s’accumuler derrière ce bouchon improvisé. Toute cette eau représente une énorme masse. D’autres calculs pourraient nous renseigner sur cette énergie accumulée, mais là encore, nous ne sommes toujours pas dans une histoire de mathématiques. Ce qui devait arriver, arriva, le bouchon saute et libère soudainement une vague, telle un tsunami.

Poupette en promenade

Claire se promène avec Poupette, un petit Brabançon tout noir, le long de la rivière. Elle a envie, en cette fin d’après-midi, de se changer les idées. Dans son état, avec cette chaleur, elle a les pieds tous gonflés, les tremper dans un filet d’eau lui fait du bien. Théoriquement, il lui reste une dizaine de jour avant la délivrance, elle est impatiente d’y être, tout est prêt pour recevoir le bébé. Un grondement lui fait tourner la tête et là l’horreur ! Elle voit une vague dévastatrice qui se précipite sur elle. Bon, elle ne fait que cinquante centimètre de haut, mais elle ne tient pas à mouiller sa jupe. Elle s’éloigne rapidement du bord pour l’éviter. Sauf que Poupette elle, n’a rien vu, et Claire a beau la prévenir, elle disparaît sous les flots.

Enceinte et cascadeuse

La panique, Claire a beau scruter l’onde, Poupette reste invisible. Elle court le long de la berge pour tenter de l’apercevoir. Soudain, elle voit la tête de maître Yoda qui apparaît au milieu du tumulte, c’est Poupette ! Elle dérive dangereusement et va disparaître à nouveau. Claire pique un sprint  et arrive à sa hauteur. Elle n’ose pas se jeter à l’eau, le courant reste trop fort pour tenter un sauvetage direct. Un rocher semble vouloir aider notre amie dans son action. Il bloque la petite chienne qui ne sait pas quoi faire. Claire se retrouve à plat ventre sur ce promontoire et tend la main pour se saisir du collier de la victime et la tracter en-dehors de l’eau. Poupette est sauvée, mais une terrible contraction saisi Claire.

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Ce qui doit arriver … arrive

Elle remonte vers le parking où est garée son auto, pour rentrer à la maison au plus vite. Assise au volant, elle reprend ses esprits quand une deuxième contraction la cloue au fond du siège. Pour couronner le tout, elle ressent une autre inondation, moins spectaculaire que celle de la rivière mais tout aussi dévastatrice pour la voiture, elle vient de perdre les eaux ! Les choses s’accélèrent une troisième contraction confirme ses doutes, elle est sur le point d’accoucher ! Elle comprend la situation mais cela va à l’encontre de tout ce qu’on lui a raconté ! Pour un premier, le travail est long, surtout dans sa famille et là, elle risque de donner naissance à son enfant, seule sur un parking.

L’utilité du téléphone portable

Elle compose le 18 sur son téléphone et, avant la fin de la première sonnerie, une voix rassurante lui répond. Claire n’a pas besoin de rentrer dans de grandes explications, Clothilde, sa meilleure amie assure la garde à la caserne des pompiers. « Je t’envoie immédiatement le VSAV, il sera sur place dans moins de cinq minutes, je préviens également Sébastien. Tu dois rester calme et bien respirer pour gagner du temps. » Toujours aussi efficace cette Clothilde, mais cinq minutes c’est long ! Surtout lorsqu’une quatrième contraction suit la précédente de moins de trois minutes, un signal pour l’agrandissement imminent de la famille.

Vive les pompiers

Un pin-pon, douce musique aux oreilles de Claire, annonce l’aide tant espérée pour finir son travail de future maman. Les soldats du feu la dépose délicatement sur un brancard dans leur véhicule et ils décident de rester sur place. Ils n’auront pas le temps d’arriver jusqu’à la maternité. Un dérapage dehors, Sébastien arrive juste à temps pour voir la tête de son aîné sortir. « Si nous sommes arrivés si vite, c’est que nous venions de recevoir plusieurs appels pour une crue soudaine de la rivière. Nous venions de partir, mais Clothilde a changé notre mission, je pense qu’elle a bien fait ! »

Tout ça pour une balle ronde !

Sébastien ressent des émotions contradictoires. La joie d’être un nouveau papa et d’avoir pu assister à cet heureux événement, même dans ces conditions périlleuses. La peur rétrospective de cet accouchement provoqué par une vague arrivée d’on ne sait où. Et puis ce matin, quand cette balle ronde a dévalé la pente, percutée ensuite par le camion, cela aurait pu mal finir ! Il manœuvre sur le parking afin de suivre les pompiers qui emmènent Claire à la maternité, quand il aperçoit, à moins de cinquante mètres de là, une balle ronde échouée sur le bord de la rivière …

J’espère que tu as apprécié cette nouvelle histoire et que maintenant tus sais ce qu’est une balle ronde. J’attends avec impatience ton commentaire.

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2 Commentaires on "Une balle ronde voyageuse"

  1. Belle écriture et je lisais très vite, à la vitesse de cette balle, pressée de connaître la fin ! Histoire très amusante, quelque peu réaliste avec un rythme endiablé, j’adooooore, bravo Didier !

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