Des émotions au Jack Daniels

émotions et Jack Daniels

La mer ne s’improvise pas

Le courant est au maximum et le pire, nous sommes en plein milieu. Les gros coefficients de marée génèrent ce genre de phénomène. Portbail dans le Cotentin est un exemple typique. Un havre qui est l’embouchure d’une petite rivière se présente comme une anse naturelle. Quand elle est pleine, on a l’impression d’être sur le bord d’un grand lac relié à la mer. A marée basse, il se vide complètement. Il faut que toute cette eau, le temps d’un marnage, entre et sorte par un chenal étroit. La force du courant, dans ces conditions,  est énorme.

Une sortie en catamaran

Il fait beau ce matin. La marée monte, le vent force 2 n’est pas assez fort mais suffisant pour tenter une sortie en mer à la voile. Nous sommes trois candidats, c’est un peu trop lourd pour ces conditions. Nous optons pour sortir, en plus du catamaran, avec une planche à voile équipée d’un gréement assez important et le gros flotteur, nous pourrons apprécier la différence de performances sur l’eau entre les deux embarcations. Il est convenu de changer d’équipier en mer, afin de varier les plaisirs.

Varions les plaisirs

Tous le monde est sur l’eau, nous partons de Lindbergh plage. Les premiers bords se déroulent sans souci particulier. Le catamaran, avec ces faibles conditions de vent, domine largement la planche à voile. Nous mettons en pratique notre intention et je suis désigné pour succéder à mon frère. C’est l’étale, le temps que nous accomplissions la permutation, la renverse commence. Nous avons encore le temps de naviguer avant de rentrer pour le déjeuner.

C’est la panne complète

La pétole complète ! J’ai beau orienter la voile dans tous les sens, je n’arrive pas à capter le moindre souffle d’air. Je commence à pomper avec la voile. C’est une technique qui permet de donner une impulsion au flotteur pour redémarrer, peine perdue. Le phénomène n’est pas très fréquent sur nos côtes, mais, je dois me rendre à l’évidence, je n’ai plus aucun moyen de propulsion. Je ne suis pourtant pas immobile, avec ces grandes marée, les courants sont forts, je dérive donc vers le nord-ouest, ce qui m’éloigne de mon point d’arrivée.

La solidarité des marins

Sur le catamaran, ils subissent les mêmes conditions. Le mât est beaucoup plus haut et la voile d’une surface plus généreuse, ils captent un léger souffle mais très insuffisant pour manœuvrer. Heureusement, le bateau est équipé de pagaies, il dispose donc d’une autonomie pour ne pas dériver. Un petit bateau mixte moteur-voile, s’approche d’eux pour leur prêter assistance et les aider à rejoindre la plage. Ils remercient chaleureusement ces deux personnes qui proposent leur aide, la solidarité des marins n’est pas un vain mot.
-Nous pouvons rentrer, par contre, notre frère est sur la planche là-bas, lui aurait vraiment besoin de votre assistance.

Attention aux émotions

C’est ainsi qu’ils font un joli demi-tour pour venir à ma rencontre pour me sauver. J’accepte avec enthousiasme leur aide. Ils me hissent à bord, la planche me suit de près et ma voile est prestement enroulée. Le tout est déposé sur le pont et nous prenons aussitôt la direction du port de portbail où un anneau nous attend. Il y a toujours un moment d’émotions dans ce genre d’action. Pour nous remonter le moral et nous donner du courage pour la suite des événements, nous entamons une bouteille de Jack Daniels.

Il faut y croire

Le moteur toune à plein régime, cependant, ce n’est pas un bateau de course, notre rythme de retour n’est pas très soutenu. Nous arrivons à l’entrée du chenal, il ne nous reste plus qu’à longer la digue, neuf cents mètres à contre-courant. Le début est avalé assez facilement, nous sommes dans la partie la plus large. Une deuxième émotion nous étreint, Jack refait une courte apparition pour refaire le niveau de nos verres afin de nous donner un courage supplémentaire.

Des sauveteurs en péril

Cette digue n’en fini pas. Le chenal est maintenant au plus étroit, le courant a forci d’autant. Notre vitesse relative par rapport à la terre correspond à celle d’un nonagénaire en déambulateur, nous ne sommes pas rendus ! Portbail est équipé d’un port d’échouage, ce qui signifie qu’à marée basse il est à sec. Le temps nous est donc compté. Notre barreur nous fait part de ses émotions. M. Daniels revient donc pour tâcher de la diminuer et nous remonter le moral.

Le sauveur des sauveurs

Les prévisions d’une issue favorable, se réduisent comme peau de chagrin. Quand, surgit d’on ne sait où, un zodiac nous rejoint en trombe. Nous lui lançons immédiatement un bout et les efforts de son Mercury se joignent à ceux de notre petit moteur pour nous faire franchir les derniers mètres. Il nous tire jusqu’à l’entrée du port, le courant contraire qui entravait notre marche disparaît. Nous atteignons l’anneau orphelin, sortons les béquilles sans effectuer le demi-tour qui nous aurait placé dans le sens de la sortie. Et, le temps d’un battement d’aile de goéland, le bateau ne flotte plus.

Le soulagement

Que d’émotions ! Pour éviter d’avoir à sortir l’annexe pour rejoindre le bord, nous préférons attendre la purge complète du port. Pour patienter et nous libérer complètement de toutes les tensions accumulées, nous terminons la bouteille de whisky de ce brave Jack Daniels, qui nous a soutenu dans cette épreuve. Il ne faut pas plus de dix minutes pour pouvoir se rendre à pied sec sur la terre ferme et rejoindre leur véhicule. Je dois avouer que l’ambiance entre nous trois est plutôt bonne et même un tantinet débridée.

Buvons à la santé des sauveurs

Ils me raccompagnent jusqu’à la maison de mes parents où se déroule une réunion de famille. Mon épouse doit se faire un sang d’encre ! Notre arrivée fait sensation. Mes sauveurs sont accueillis en héros, le verbe est haut et il leur est proposé de prendre l’apéritif, ce qui est la moindre des choses. Mon épouse me regarde d’un drôle d’air, elle ne semble pas participer à la liesse générale. Son désaccord grandit quand elle me voit, le verre à la main, fêter mes sauveurs. Je reconnais que d’habitude je ne bois pas une goutte d’alcool, mon attitude joviale la contrarie.
-Tu es complètement bourré et en plus tu continues !
Elle n’avait pas complètement tort. Je suis allé me coucher dans la foulée et me suis réveillé quatre heures plus tard la bouche pâteuse et le crâne comme une cloche. Faire de la voile sans vent peut s’avérer très dangeureux.

Tu es maintenant à la fin de ce récit, merci de m’encourager avec un commentaire. Je continuerai à te distraire et à calmer tes émotions sans avoir recours à une boisson.

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